Demi-lunes et zaï : préparer le sol avant les pluies

Paysage aride aux abords de Niamey

Sur un sol dur et encroûté, l’eau de pluie ruisselle au lieu de s’infiltrer. Planter directement dans ces conditions, c’est condamner l’arbre avant même qu’il ait commencé à pousser. C’est pourquoi le mois de juin, juste avant l’arrivée des pluies, est consacré à la préparation du terrain.

Pour cela, nous utilisons deux techniques traditionnelles, connues depuis longtemps des agriculteurs sahéliens : la demi-lune et le zaï. Elles sont simples, peu coûteuses et remarquablement efficaces.

La demi-lune

On creuse un bassin peu profond en forme de demi-cercle, d’environ deux à trois mètres de diamètre. La terre retirée est déposée sur le bord arrondi, côté bas de la pente, et forme un petit bourrelet. L’ouverture de la demi-lune est tournée vers le haut, là d’où vient l’eau.

Quand il pleut, l’eau qui ruisselle sur la pente est piégée dans le bassin. Au lieu de filer, elle s’accumule et s’infiltre lentement dans le sol. L’arbre est planté au centre de la demi-lune, là où l’humidité reste le plus longtemps.

Sur un terrain plat, la demi-lune fonctionne aussi : elle concentre simplement l’eau de pluie autour du jeune plant.

Le zaï

Le zaï consiste à creuser de petits trous d’une vingtaine de centimètres de profondeur et de largeur. On y dépose une poignée de matière organique : fumier, compost ou résidus de récolte. Ensuite, on plante dedans.

La matière organique joue un double rôle. Elle nourrit la plante. Et surtout, elle attire les termites, qui creusent des galeries dans le sol. Ces galeries permettent à l’eau de pénétrer beaucoup plus profondément. Le sol, autrefois dur comme de la brique, devient plus souple et plus vivant.

Pourquoi ces techniques

Nous avons choisi ces méthodes pour plusieurs raisons :

  • elles sont connues des agriculteurs de la région, qui les ont souvent pratiquées eux-mêmes ;
  • elles ne demandent que des outils simples : pioche, pelle, daba ;
  • elles améliorent nettement la survie des jeunes plants ;
  • elles profitent aussi aux cultures voisines, qui bénéficient de l’eau retenue.

Ce dernier point compte beaucoup pour les cultivateurs. Une demi-lune creusée pour un arbre peut aussi accueillir quelques pieds de mil ou de niébé la première année.

Un travail physique

Il ne faut pas se mentir : creuser des demi-lunes sur un sol dur, en juin, est un travail éprouvant. La terre n’a pas reçu une goutte d’eau depuis des mois. Il faut parfois s’y reprendre à plusieurs fois pour entamer la croûte.

C’est pourquoi nous travaillons très tôt le matin, entre six heures et neuf heures, avant que la chaleur devienne trop forte. Au-delà, le rendement baisse et les risques pour la santé augmentent.

Une vingtaine de bénévoles mobilisés

Cette année, une vingtaine de bénévoles ont préparé les premiers sites pendant plusieurs matinées. Des cultivateurs des champs voisins sont venus nous montrer les bons gestes : l’orientation de la demi-lune, la hauteur du bourrelet, l’espacement entre deux bassins.

Leur expérience nous a fait gagner un temps précieux. Elle nous a aussi rappelé une chose essentielle : nous n’inventons rien. Nous remettons en œuvre des savoir-faire qui existent depuis longtemps.

Le terrain est prêt

À la fin du mois, plusieurs dizaines de demi-lunes et de trous de zaï étaient prêts sur nos trois premiers sites. Les plants de la pépinière ont bien grandi. Les familles référentes sont identifiées.

Il ne manque plus que la pluie. Et à Niamey, en juin, tout le monde regarde le ciel.

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