Dès la création de l’association, nous avons promis de raconter aussi ce qui ne marche pas. Après deux saisons de plantation, voici les erreurs qui nous ont coûté le plus d’arbres, et ce que nous faisons désormais pour les éviter.
Si vous plantez des arbres de votre côté, dans une cour, un champ ou un quartier, nous espérons que ces leçons vous seront utiles.
1. Planter sans suivi
C’est l’erreur numéro un, et de loin. Lors de notre première saison, nous avons planté sur certains sites sans avoir trouvé de famille pour suivre les arbres. Nous pensions pouvoir assurer le suivi nous-mêmes, avec quelques visites. C’était une illusion.
Un arbre au Sahel a besoin d’eau régulièrement pendant sa première saison sèche. Une visite par mois ne suffit pas. Sur ces sites, les pertes ont été massives.
Désormais, chaque arbre a une famille référente, désignée avant la plantation. Sans gardien, pas de plantation.
2. Planter trop tard dans la saison
En 2022, emportés par notre enthousiasme, nous avons continué à planter jusqu’à fin septembre. Ces plants n’ont pas eu le temps d’installer leurs racines avant l’arrêt des pluies. Beaucoup sont morts dès octobre.
Un arbre a besoin de plusieurs semaines de sol humide pour s’enraciner correctement. Nous concentrons maintenant les plantations entre mi-juillet et fin août. Au-delà, nous préférons attendre l’année suivante.
3. Négliger les animaux
Une chèvre peut détruire en quelques minutes un arbre de deux ans. Nous l’avons appris à nos dépens. Les animaux circulent librement dans beaucoup de zones, et les jeunes feuilles sont pour eux un régal.
Les protections en branchages épineux ou en grillage sont devenues systématiques. Elles représentent un travail supplémentaire, mais elles font une différence considérable.
4. Choisir l’essence sans demander
Au début, nous choisissions les essences en fonction de ce que la pépinière avait produit, sans toujours consulter les habitants. Résultat : des arbres plantés devant des maisons dont les occupants ne voulaient pas, et qu’ils ont négligés.
Planter un arbre que les habitants n’apprécient pas, c’est prendre le risque qu’il soit abandonné. Nous discutons désormais du choix avec chaque famille. Souvent, ce sont elles qui nous apprennent quels arbres poussaient là autrefois.
5. Vouloir aller trop vite
Les gros chiffres font plaisir. Ils sont gratifiants pour les bénévoles et faciles à communiquer. Mais la qualité de chaque plantation compte davantage que la quantité.
Un trou trop peu profond, une motte abîmée, un plant mal tassé : ces petits défauts, multipliés par des centaines d’arbres, font chuter le taux de survie. Mieux vaut cent arbres bien plantés que trois cents posés à la hâte.
Lors de nos grandes sessions, un petit groupe circule désormais entre les équipes pour vérifier la qualité des plantations.
Une erreur bonus : ne pas noter
Nous ajoutons une sixième erreur, plus discrète : ne pas documenter. En 2022, nous n’avons pas toujours noté où chaque essence était plantée. Le comptage de survie a été un casse-tête.
Aujourd’hui, chaque site a son plan, chaque arbre son repère.
Pourquoi partager nos erreurs
Raconter ses erreurs n’est jamais très agréable. Mais nous pensons que c’est indispensable. D’abord pour nos bénévoles et donateurs, qui méritent la transparence. Ensuite pour toutes les personnes qui plantent des arbres au Sahel, et qui pourront éviter les mêmes pièges.
Nous ferons sûrement d’autres erreurs. Nous vous les raconterons aussi.



