Le gao, l’arbre qui vit à l’envers

Arbre isolé dans un champ sec

Le gao, de son nom scientifique Faidherbia albida, est un arbre étonnant. Contrairement à presque tous les autres arbres de la région, il perd ses feuilles pendant la saison des pluies et se couvre d’un feuillage vert en pleine saison sèche.

Cette particularité, que les botanistes appellent une phénologie inversée, en fait l’un des arbres les plus précieux pour l’agriculture sahélienne. C’est aussi l’un de nos préférés.

Pourquoi c’est une bonne nouvelle pour les cultures

Pendant l’hivernage, de juin à septembre, le mil, le sorgho et le niébé poussent dans les champs. À ce moment-là, le gao est presque nu. Il laisse passer la lumière jusqu’au sol et ne fait pas concurrence aux cultures pour l’eau de surface.

En saison sèche, au contraire, quand plus rien ne pousse, il se couvre de feuilles. Il offre alors de l’ombre aux hommes et aux animaux, et un fourrage apprécié à une période où tout manque.

Un engrais naturel

Le gao a une autre qualité remarquable : il enrichit le sol. Comme beaucoup d’arbres de la famille des légumineuses, il fixe l’azote de l’air grâce à ses racines. Ses feuilles et ses gousses, en tombant au début de la saison des pluies, nourrissent directement la terre où vont pousser les cultures.

Les cultivateurs le savent depuis des générations : sous les gaos, les récoltes sont souvent meilleures. C’est pourquoi on trouve, dans certaines régions du Sahel, des parcs entiers de gaos au milieu des champs, conservés et protégés par les agriculteurs.

Un arbre de patience

Le gao a une racine pivotante qui descend très profondément, parfois sur plusieurs dizaines de mètres, à la recherche de l’eau des nappes. Les premières années, il grandit lentement en surface parce qu’il consacre son énergie à construire ce système racinaire.

Cette lenteur peut décourager. Lors de notre comptage de novembre 2022, certains gaos semblaient chétifs comparés aux neems ou aux moringas plantés en même temps. Nous avons appris à ne pas les juger trop vite. Sous terre, ils travaillent.

Cette lenteur a une conséquence pratique : il faut protéger les jeunes gaos des animaux pendant plusieurs années. Un gao broutté chaque saison ne grandira jamais.

Notre choix

Nous plantons le gao en priorité dans les zones agricoles, en accord avec les cultivateurs. C’est souvent eux qui nous le demandent. Ils connaissent ses bienfaits et se souviennent des grands gaos qui existaient autrefois dans les champs de leurs parents.

Cette année, nous avons prévu d’augmenter nettement la part de gaos dans notre pépinière.

Quelques conseils pour le faire pousser

  • Faire tremper les graines dans de l’eau chaude avant le semis, pour ramollir leur enveloppe.
  • Semer en sachets profonds, pour laisser de la place à la racine pivotante.
  • Planter dès les premières pluies, pour que la racine ait le temps de descendre.
  • Protéger le plant des animaux pendant au moins trois ans.

Un arbre pour l’avenir

Un gao planté aujourd’hui donnera son plein potentiel dans dix ou quinze ans, et vivra bien plus longtemps encore. C’est un arbre qu’on plante pour ses enfants et ses petits-enfants.

C’est aussi, pour nous, un symbole de ce que nous voulons faire : des actions patientes, enracinées dans le savoir local, qui profitent à la terre comme aux hommes.

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