On nous pose souvent la question : « Vous faites partie de la Grande Muraille Verte ? » La réponse est non. Mais la question mérite qu’on s’y arrête, car ce grand projet et notre petite association partagent le même combat.
Un projet à l’échelle d’un continent
La Grande Muraille Verte est une initiative lancée par l’Union africaine pour restaurer les terres dégradées sur toute la largeur du Sahel, du Sénégal à Djibouti. Au lancement, onze pays étaient engagés, dont le Niger. D’autres les ont rejoints depuis.
L’image d’origine était spectaculaire : une bande d’arbres continue, de plusieurs milliers de kilomètres, pour arrêter l’avancée du désert. Une sorte de mur végétal traversant l’Afrique d’ouest en est.
Une idée qui a évolué
Avec les années, l’approche a beaucoup changé. Les responsables du projet ont compris qu’une simple ligne d’arbres ne suffirait pas, et qu’elle serait d’ailleurs très difficile à maintenir dans des zones aussi arides.
L’initiative est devenue une mosaïque de projets très variés : restauration des sols, agroforesterie, gestion de l’eau, protection des forêts existantes, soutien aux activités économiques locales. L’idée n’est plus seulement de planter, mais de restaurer des paysages vivants, avec et pour les populations qui y vivent.
Ce que nous en retenons
Nous suivons avec intérêt les bilans publiés sur ce programme. Ils sont parfois encourageants, parfois décevants. Mais les leçons tirées de ces années de projets rejoignent ce que nous observons à notre échelle :
- planter ne suffit pas, il faut suivre les arbres pendant plusieurs années ;
- les essences locales réussissent mieux que les espèces importées ;
- rien ne tient sans l’implication des habitants ;
- les techniques traditionnelles, comme le zaï et les demi-lunes, sont souvent les plus efficaces.
Il est rassurant de constater que des programmes de cette ampleur arrivent aux mêmes conclusions que des bénévoles de quartier. Cela confirme que nous sommes sur la bonne voie.
La régénération naturelle
Une autre approche nous intéresse beaucoup : la régénération naturelle assistée. Au lieu de planter de nouveaux arbres, elle consiste à protéger et à tailler les rejets qui repoussent naturellement à partir des souches et des racines restées dans le sol.
Au Niger, cette pratique a permis de reverdir de vastes surfaces agricoles au cours des dernières décennies, grâce au travail des cultivateurs eux-mêmes. C’est un exemple très inspirant : des résultats considérables, obtenus sans grands moyens, par des milliers de familles.
Nous réfléchissons à la manière d’intégrer cette approche dans nos actions, en complément des plantations.
Notre place
Watourey Douma n’a évidemment pas la taille de ces grands programmes. Nous n’avons ni leurs budgets ni leurs équipes. Nous intervenons sur quelques sites, avec quelques dizaines de bénévoles.
Mais la lutte contre la désertification se joue aussi au niveau d’un champ, d’une rue, d’un quartier. Les grands programmes ont besoin d’initiatives locales qui fonctionnent, et les initiatives locales ont besoin de savoir qu’elles s’inscrivent dans un mouvement plus large.
Une pièce du puzzle
Chaque initiative locale qui réussit est une pièce du puzzle. Chaque famille qui protège un arbre, chaque cultivateur qui creuse des demi-lunes, chaque école qui plante dans sa cour contribue, à sa manière, au reverdissement du Sahel.
Nous sommes fiers d’en être une pièce, même petite.



