Jusqu’ici, nous avions surtout planté en périphérie de Niamey, au bord des champs et près des hameaux. En août, pour la première fois, nous avons organisé une session au cœur d’un quartier de la ville, le long d’une rue très fréquentée.
C’était un objectif que nous portions depuis la création de l’association. Ce fut aussi l’une de nos matinées les plus marquantes.
Planter en ville, c’est différent
Planter en ville n’a rien à voir avec planter dans un champ. Il a fallu plusieurs semaines de préparation.
D’abord, obtenir les autorisations des autorités du quartier. Ensuite, repérer les emplacements possibles en évitant les câbles, les canalisations et les entrées de maisons. Puis rencontrer les habitants de la rue, un par un, pour leur expliquer le projet et trouver des volontaires pour suivre les arbres.
Enfin, préparer des protections solides. En ville, un jeune arbre doit résister non seulement aux animaux, mais aussi aux passants, aux motos et aux charrettes. Chaque arbre a donc reçu une petite clôture en grillage, fixée sur des piquets.
Des voisins mobilisés
Ce matin-là, les habitants sont sortis de chez eux dès notre arrivée. Certains par curiosité, d’autres parce qu’ils avaient entendu parler du projet. Très vite, tout le monde s’est mis au travail.
Certains ont apporté de l’eau. D’autres ont pris une pioche. Un commerçant a proposé d’arroser l’arbre planté devant sa boutique, et il nous a fait promettre de lui en planter un deuxième l’an prochain. Des enfants ont tenu les plants pendant qu’on rebouchait les trous.
Une histoire de mémoire
Une dame âgée nous a raconté que, quand elle était enfant, cette rue était bordée de grands arbres. Elle se souvenait de l’ombre, des marchandes installées dessous, des enfants qui jouaient. Les arbres ont disparu peu à peu, coupés ou morts de vieillesse, sans être remplacés.
Elle a choisi elle-même l’emplacement d’un des neems, juste devant sa porte. Elle nous a dit qu’elle voulait que ses petits-enfants connaissent la rue telle qu’elle l’avait connue.
Une trentaine d’arbres
Une trentaine d’arbres ont été plantés dans cette rue : principalement des neems, pour leur ombre rapide, et quelques moringas près des maisons.
Chaque arbre a son gardien. Certains sont des familles, d’autres des commerçants, un autre encore est l’imam de la petite mosquée du coin, qui a accepté de veiller sur les deux arbres plantés devant l’entrée.
Ce que nous retenons
En ville, les arbres ne sont pas seulement une question d’environnement. Ils sont aussi une question de mémoire, de fierté et de lien entre voisins.
Plusieurs habitants se sont parlé pour la première fois ce matin-là. D’autres se sont organisés pour arroser ensemble, à tour de rôle. Un petit groupe WhatsApp a même été créé pour signaler les problèmes.
La suite
Nous reviendrons régulièrement dans cette rue pour suivre les arbres et soutenir les gardiens. D’autres quartiers nous ont déjà contactés. Nous ne pourrons pas répondre à toutes les demandes cette année, mais nous gardons une liste.
Merci aux habitants pour leur accueil. Vous nous avez montré que la ville aussi peut reverdir.



