Le neem est partout à Niamey. Dans les cours des maisons, le long des grandes avenues, autour des écoles, des mosquées et des marchés. Il fait partie du paysage urbain depuis si longtemps que beaucoup d’habitants le croient originaire de la région.
C’est aussi l’arbre que l’on nous demande le plus souvent. Pourtant, nous avons choisi d’en limiter la place dans nos plantations. Voici pourquoi.
D’où vient le neem ?
Le neem, de son nom scientifique Azadirachta indica, est originaire d’Asie du Sud. Il a été introduit en Afrique de l’Ouest il y a plus d’un siècle, et s’y est remarquablement bien adapté. Au Sahel, il a été massivement planté au cours du vingtième siècle, notamment en ville et le long des routes.
Ses atouts
Le neem a de nombreuses qualités, qui expliquent son succès :
- une croissance rapide, avec de l’ombre en quelques années seulement ;
- une très bonne résistance à la chaleur et à la sécheresse ;
- un feuillage persistant toute l’année, même en pleine saison sèche ;
- des usages traditionnels connus de tous : ses brindilles servent de cure-dents, ses feuilles et son huile ont des usages médicinaux et répulsifs ;
- une bonne tolérance aux sols pauvres.
En ville, ces qualités sont précieuses. Quand une rue manque cruellement d’ombre, le neem est souvent la meilleure réponse à court terme.
Ses limites
Mais le neem a aussi des limites, qu’il faut regarder en face.
Il n’est pas originaire du Sahel. Planté en trop grand nombre, il peut prendre la place d’espèces locales et appauvrir la diversité des arbres d’un lieu. Dans certaines zones, il se ressème spontanément et colonise les espaces au détriment des arbres indigènes.
Il apporte aussi moins de bénéfices au sol que le gao ou les acacias, qui enrichissent la terre en azote. Ses feuilles, en tombant, sont lentes à se décomposer.
Enfin, une plantation composée uniquement de neems est fragile. Si une maladie ou un insecte s’attaque à l’espèce, c’est tout le site qui est touché.
Notre règle
Nous avons adopté une règle simple. Le neem est planté surtout en ville, là où l’ombre rapide est la priorité absolue. Dans les zones agricoles et en périphérie, nous privilégions les essences locales : gao, acacias, jujubier, baobab.
Sur chaque site, nous veillons à mélanger plusieurs espèces. Même dans une rue, nous associons le neem à des moringas près des maisons, et parfois à quelques essences locales quand l’espace le permet.
Une discussion avec les habitants
Quand une famille nous demande un neem, nous ne refusons pas. Mais nous prenons le temps d’expliquer notre démarche et de proposer d’autres essences en complément.
Souvent, la discussion débouche sur un mélange : un neem pour l’ombre, un moringa pour les feuilles, un jujubier pour les fruits. Les familles apprécient d’avoir plusieurs arbres aux usages différents.
Ni pour ni contre
Il ne s’agit pas d’être pour ou contre le neem. C’est un arbre utile, qui rend de grands services aux habitants de Niamey. Il s’agit simplement de lui donner sa juste place.
Une plantation variée résiste mieux aux maladies, aux insectes et aux aléas du climat. Elle accueille plus d’oiseaux et d’insectes. Elle ressemble davantage aux paysages qui existaient autrefois dans la région.
C’est ce paysage-là que nous voulons contribuer à reconstruire.



