En mars, il fait déjà très chaud à Niamey. Aucune pluie n’est attendue avant plusieurs mois, le ciel est souvent voilé de poussière, et les après-midi deviennent difficiles. C’est pourtant le bon moment pour préparer les plants qui seront mis en terre à la saison des pluies.
Un arbre ne se plante pas à partir d’une graine directement dans le champ. Il faut d’abord le faire germer et grandir pendant quelques mois, à l’abri, avant de l’installer à sa place définitive. C’est le rôle de la pépinière.
Une pépinière, c’est quoi ?
Concrètement, ce sont des centaines de petits sachets en plastique noir, remplis d’un mélange de terre, de sable et de fumier. On les aligne en rangées serrées, à l’ombre. On y sème les graines, une ou deux par sachet, puis on arrose chaque jour pendant trois à quatre mois.
Quand arrivent les premières pluies, les plants mesurent entre vingt et quarante centimètres. Ils ont des racines suffisamment développées pour supporter le passage en pleine terre.
Trouver un lieu
Notre premier défi a été de trouver un endroit. Il fallait un espace ombragé, protégé des animaux, proche d’un point d’eau, et surtout accessible chaque jour pour l’arrosage.
C’est une famille du quartier qui nous a proposé sa cour. Un grand arbre y donne de l’ombre une bonne partie de la journée, et un robinet se trouve à quelques mètres. Nous n’aurions pas pu rêver mieux pour commencer.
Le remplissage des sachets
Le premier samedi, une dizaine de bénévoles se sont retrouvés pour remplir les sachets. C’est un travail simple mais long : il faut tamiser la terre, la mélanger au sable et au fumier dans les bonnes proportions, puis remplir et tasser chaque sachet à la main.
En une matinée, nous en avons rempli plusieurs centaines. Les mains étaient noires, les dos fatigués, mais l’ambiance était excellente. Pour beaucoup, c’était la première action concrète de l’association.
Les semis
Nous avons semé plusieurs essences : du neem, du moringa, quelques acacias et du gao. Chaque rangée a reçu une étiquette avec le nom de l’essence et la date du semis. Ce détail paraît anodin, mais il nous a beaucoup servi par la suite pour suivre la germination.
Certaines graines demandent une préparation. Les graines d’acacia, par exemple, ont une enveloppe très dure : il faut les tremper dans l’eau chaude avant de les semer pour qu’elles germent.
Ce que nous avons appris dès les premières semaines
- L’ombre est indispensable : sans abri, les jeunes pousses brûlent en quelques jours.
- L’arrosage doit se faire tôt le matin ou en fin de journée, jamais en pleine chaleur.
- Toutes les graines ne germent pas au même rythme : il faut semer plus que nécessaire.
- Un arrosage oublié pendant deux jours peut suffire à perdre une rangée entière.
Les gardiens de la pépinière
Les enfants de la famille qui nous accueille sont devenus, sans qu’on leur demande, les premiers gardiens de la pépinière. Ils comptent les pousses tous les soirs et viennent nous annoncer fièrement chaque nouvelle germination.
Ils ont même donné des surnoms à certaines rangées. Les moringas, qui poussent très vite, sont « les pressés ». Les gaos, beaucoup plus lents, sont « les paresseux ».
Et ensuite ?
Pendant les mois qui viennent, la pépinière demandera un arrosage quotidien. Nous avons organisé un planning entre plusieurs bénévoles pour que personne ne porte seul cette charge.
Rendez-vous en juillet pour voir ces plants rejoindre la terre. D’ici là, si vous voulez venir arroser un matin, vous êtes les bienvenus.



